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Moi aussi j’aimerais tellement me rendre utile …

Entre deux emplois réalisés en association, j’ai pendant un certain temps fait des extras en bar, comme pleins de gens qui ont besoin d’arrondir leur fin de mois. Qui dit femme derrière un bar dit beau parleur au comptoir. Un jour un jeune trentenaire en costard vient donc me raconter sa vie et me questionner sur la mienne. « Non mais qu’est ce que tu fais dans la vie, je veux dire en vrai ? » Je lui explique que je cherche un emploi dans l’associatif, et me retient d’ajouter que bartender est une « vraie » profession pour beaucoup de gens, et que la plupart d’entre eux ont l’air plus épanouis que lui dans a carrière de consultant marketing. Ses yeux s’illuminent alors, et il embraye directement sur le récit de sa vocation existentielle qui a en fait toujours été d’aider les gens, sur fond de voyage humanitaire et de quête du sens de la vie. Je ne suis pas sûre qu’il ait une idée très claire de ce que c’est que le travail en association, et j’ai peur de le décevoir en lui révélant que je ne compte pas sauver des enfants malnutris. Peu importe, il se reconvertira un jour, c’est certain. L’idée qu’il ne puisse pas exercer du jour en lendemain un métier semblable à celui que je cherche ne lui effleure pas l’esprit… Après tout, moi aussi je pourrais débarquer demain dans la startup qui l’emploie, et devenir une consultante hors-pair !

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Enseigner dans la douceur

Enseignante contractuelle en Seine-Saint-Denis, j’ai eu quelques difficultés lors de ma première semaine à maintenir l’ordre dans ma classe.
Questionnant mon collègue en espérant qu’il me donne de précieux conseils, j’ai été très déçue qu’il se contente de me dire qu’il ne m’apprendrait pas à faire la police… Non, en tant que femme, je devais simplement faire comprendre à des adolescents à juste titre un peu rebelles, que l’on peut aussi apprendre dans la « douceur ».

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Comment briser la glace à un séminaire ?

Aujourd’hui je suis à un séminaire internationale rassemblant des ONG du monde entier qui développent des projets solidaires, culturels ou écologiques. La communication avec mes interlocuteur-ices, dont peu sont français-es, n’est pas toujours facile. Aussi je suis loin de comprendre où veut en venir ce monsieur à qui je demande s’il sait où se trouve le lait pour le café et le thé (mis à disposition dans les salles de réunion). C’est la première fois qu’on se parle, il me répond très assuré : “You’re looking for some milk …? I have some milk if you want”. Éreintée après des journées de travail intense, mais aussi un poil naïve, je reste sans comprendre cette “blague” qui ne semble pas en être une. Je lui demande de quoi il parle, je suis d’ailleurs un peu pressée … il me répète sa punchline en se plantant plus carrément devant moi, un sourire jusqu’au oreille. Lorsque je comprends enfin le sens de cette fine boutade, je ne peux évidemment m’empêcher de rougir et lever les yeux aux ciels. Éclat de rire de sa part et de celle de son collègue qui n’était pas bien loin. Je me répète tout au long de l’après-midi : “Il a vraiment dit ça, je n’ai pas rêvé ? Mais comment a-t-il pu OSER dire ça ?”.

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L’art de reconnaître un problème au sein de son équipe !

A l’occasion d’un événement de réflexion sur l’association dans laquelle je travaille, je participe à un atelier débat sur les axes d’amélioration de notre action. Une jeune femme prends la parole pour dénoncer des situations d’agressions sexuelles et de harcèlement vécues par certaines femmes dans le cadre de leur travail – et notamment des volontaires en service civique – par des hommes bénéficiaires de l’association. Il s’agit de situations qui auraient parfois pu été évitées, et dont certaines ont déjà été remontées à la direction auparavant. Un débat s’ensuit au cours duquel plusieurs autres femmes confirment ces faits et évoquent d’autres situations délicates. Le directeur coupe alors le débat pour expliquer son point de vue sur les violences verbales subies (pas trop de réponse pour le reste) : être témoins de propos sexistes de la part de ces hommes, c’est un peu la même chose qu’être témoins de propos racistes. Il ne faut pas le prendre pour soi, et cela ne doit dans tous les cas pas nous empêcher de faire notre travail. Point. Personne ne s’attendait à ce que le problème puisse être solutionné dans la journée, mais que le débat sur la question soit étouffé aussi rapidement et simplement, c’était juste sidérant. 

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Blagues racistes et classistes, la grande classe !

Un matin, le directeur général de l’association dans laquelle je travaille explose de rire devant son ordinateur en lisant l’annonce du recrutement de deux nouvelles volontaires en service civique dans l’association. Pour cause : leurs prénoms, tout simplement ! L’une porte un prénom d’origine populaire et l’autre un prénom arabe… de quoi se fendre la poire. La blague sera répétée une deuxième fois devant d’autres salarié.es, histoire que tout le monde puisse en profiter. Le travail en association, c’est parfois dur et éprouvant, mais c’est aussi de temps en temps une bonne dose de racisme et de sexis … pardon d’humour.

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Le harcèlement sexuel, une affaire de migrants ?!

J’ai travaillé dans une association en banlieue parisienne où je travaillais en contact avec les personnes migrantes. A plusieurs reprises, j’ai été victime de harcèlement sexuel de la part des hommes qui participaient à ses programmes. Lasse de recevoir des SMS insistants et des remarques douteuses, j’ai fait part de ce problème à mes collègues. Si je n’ai pas eu droit au traditionnel « tu étais habillée comment », on m’a quand même gentiment répondu  que : 

  1. L’association faisait des formations pour l’emploi et non des formations civiques et citoyennes. Traduction : tu es notre employée mais prévenir le harcèlement et protéger nos salariés ne fait pas partie de notre travail. 
  2. Qu’il fallait vraiment que j’apprenne à travailler dans un environnement interculturel. Parce que « Oui, tu comprends, il est insistant, mais c’est sa culture, il faut savoir faire preuve de tolérance… »

Ah bon ?! Moi qui croyait que le sexisme était universel…

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Les séjours de vacances adaptés : karaoké, baignade, et … grand nettoyage !

J’ai passé 3 semaines dans le Gard à animer un séjour de vacances adapté à des personnes porteur.ses de handicaps mentaux, recrutée par une association spécialisée dans ce domaine. Nous sommes 3 pour gérer : l’animation au sens propre (jeu organisé, activités), le ménage, les courses, la cuisine, le suivi médical (prise de médocs). Les conditions sont éprouvantes pour tout le monde, chaque animateur.ice pouvant être sollicité.e le jour comme la nuit s’il y a un problème (et des problèmes, il y en a !). Une répartition des tâches bien particulière va s’installer entre mon collègue et moi, sans que je m’en rende tout de suite compte : lui gère la part “sociale” et ludique du job : jouer, discuter et fumer des clopes avec les vacancier.es, tandis que je me charge du reste. Comprenez nettoyer 2 fois par jours tous les espaces d’hygiène des vacancier.es, faire la cuisine pour tout le monde, préparer les listes de courses et gérer en partie les urgences. Autant vous dire que créer du lien avec les personnes autour de moi relevait de l’exploit avec la charge de travail qui m’était attribuée. Et comment répartir ce travail autrement, lorsque votre collègue n’a pas les “compétences” lui permettant de vous aider … : “Oui mec, si l’alarme sonne c’est parce que tu as (encore) oublié le repas sur une plaque allumée, du coup ça brûle”. 

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