Qu’est ce que le patriarcare ?
Le patriarcare est la logique qui consiste, dans les sociétés patriarcales, à invisibiliser les compétences dites ‘féminines’ investies au travail pour mieux justifier le manque de reconnaissance sociale et économique des métiers majoritairement exercés par les femmes.
Le care, une éthique féminine qui se doit de devenir féministe
Apparue sous la plume de Carol Gilligan dans les années 1980, la notion de care renvoie à l’éthique féminine qui sous-tend la capacité de prendre soin d’autrui. Elle désigne « l’activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre monde, en reliant différents éléments (notre corps, nous-mêmes, notre environnement) en un réseau complexe, en soutien à la vie » (J. Tronto, E. Fischer). Elle peut être rapprochée des concepts de sollicitude, d’attention. Elle consiste à se soucier de, se charger de, accorder des soins et tenir compte de leur réception. Dans des sociétés néolibérales où la recherche de sens dans le travail prend davantage de place, le care se doit de devenir féministe.
Les compétences du care
Les compétences du care sont souvent considérées comme innées ou naturelles. Elles correspondent à des compétences de relation, d’accompagnement, d’empathie, de communication et de confrontation. Elles recouvrent aussi des compétences d’organisation, de conception et d’évaluation ainsi que de réalisation pratique.
Si traditionnellement, le monde du care correspond aux métiers de la relation humaine (métiers de la santé, du travail social, de l’éducation, du service à la personne), il est important de souligner que même en dehors des structures dont l’objectif est de fournir des soins, les compétences du care sont investies. De nombreuses professions, surtout les plus féminisées font appel aux compétences du care. On les retrouve aussi bien dans les administrations, que le secteur de la communication ou encore en entreprise.
Ainsi, alors que le travail du care a parfois été vu comme une tâche déléguée aux femmes les plus pauvres et les moins éduquées, il est important de souligner qu’il relève aussi d’emplois qualifiés majoritairement occupés par des femmes, et donc déclassés. Ainsi, le care n’oppose pas les femmes privilégiées aux plus démunies. Au contraire, il les rassemble autour de problématiques communes. De ce fait, nous ne contentons pas de dénoncer la dévaloriser des métiers du care, nous soulignons la dévalorisation des compétences du care.
Les spécificités et la dévalorisation des activités du care
La relation de care est certainement la plus complexe du monde du travail, puisqu’elle constitue à la fois un travail et une dévotion à l’autre. Elle questionne la définition même du travail et de l’engagement. Elle est à l’interstice de plusieurs dichotomies : public/privé, travail/famille, travail rémunéré/travail non-rémunéré. Dans des sociétés qui valorisent surtout la réussite publique, la rationalité et l’autonomie, le care, qui est souvent relié à la sphère privée, à l’émotion et à la nécessité est souvent situé hors du travail productif.
De fait, le care a un statut médiocre, qui s’associe bien des fois à l’invisibilisation des capacités, des compétences, des qualifications et expériences investies au travail par les femmes. Il faut donc cesser de penser le care comme une disposition individuelle de nature affective, afin de tenir compte de la professionnalisation des relations de care, de leur aspect social et politique, pour mieux valoriser socialement et économiquement les professions qui en découlent.
