Sans tomber dans une naïveté qui consisterait à imaginer que la fin de l’épidémie de covid-19 actera la mort du patriarcat, il semble toutefois pertinent de réfléchir aux conséquences qui doivent être tirées du confinement. En plus des questions liées aux violences conjugales, aux entraves au droit à l’IVG et à la charge mentale liée à la fermeture des écoles, le débat sur la dévalorisation des compétences du care doit trouver une place dans l’espace public.
Qui sont ces héro-ïne-s tant applaudies ?
Force est de constater que ces héros tant applaudis le soir à 20 heures sont plutôt des héroïnes, puisque les femmes représentent :
– 87% des infirmières
– 91% des aides-soignantes
– 73% des caissières et vendeuses dans les supermarchés
– 76% des agents d’entretien
– 97% des aides à domicile et aides ménagères
– Presque 90% des préparatrices en pharmacie.
Dans tous les pays du monde, les femmes sont en première ligne dans la lutte contre la pandémie, une lutte qui a d’ailleurs été menée sans véritablement assurer leur protection. En outre, il semble nécessaire de noter que les plus sollicitées sont celles qui exercent des métiers socialement dévalorisés et peu rémunérés, faisant notamment appel à ces fameuses compétences liées au care si peu prises en compte par les employeurs.
Reconnaître le travail du care
La crise sanitaire aura au moins eu le mérite de mettre sous le feu des projecteurs les activités du soin et du service à l’autre. Elle a montré à quel point elles sont indispensables et centrales à nos sociétés, leur maintien et leur survie. Elle a tracé l’ébauche d’une modification des représentations sociales de ces métiers généralement dévalorisés. Nous souhaitons qu’elle soit l’occasion de faire reconnaître ce travail invisible, comme n’ont cessé de le revendiquer les recherches féministes depuis 30 ans.
Il faut savoir qu’historiquement, les gestes liés au care ont été dévolus aux femmes et circonscrits dans la sphère domestique où ils n’ont guère fait l’objet de reconnaissance. Si ces tâches se sont professionnalisées au début du siècle dernier, elles ont toutefois donné naissance à des métiers peu reconnus socialement et économiquement, des professions presque toujours exercées par des femmes et considérées comme des « vocations » afin de mieux justifier les conditions de travail dégradées qui sont leur lot.
Nous considérons que les compétences du care, notamment l’attention à l’autre, doivent être reconnues à leur juste valeur plutôt que d’être occultées au profit de la performance – quand on sait notamment que c’est cette même logique de rendement qui a conduit à la réduction drastique des moyens des hôpitaux.
Plaider pour une « société du care »
En 2010, Martine Aubry avait déjà lancé un appel à une société du care, un appel qui aurait notamment impliqué un renouveau des services publics incluant une refonte des hôpitaux et des services de soin. Si cet appel n’a guère été entendu, il nous semble nécessaire de le remettre à l’ordre du jour alors même que la santé est repositionnée au cœur du débat national.
Contre la rhétorique guerrière de M. Macron, il nous paraît utile de proposer une éthique du care et de la responsabilité, qui permettrait de repenser l’organisation de la société et de la hiérarchie sociale des métiers tout en promouvant les valeurs communes à l’ensemble des gestes du service et du soin.
