Les compétences et fonctions du care, au delà des métiers du care

Une prolongement de la sphère familial au travail

Il s’agit pour la plupart de compétences de savoir-être, dites parfois “humaines”. Le fait que les femmes soit surreprésentées dans les métiers dits du care pourrait s’expliquer par l’idée implicitement répandue dans nos société que ces qualités seraient “naturellement” plus présentes chez les femmes que les hommes. Elles constituent dans tous les cas un prolongement des qualités que l’on attend d’une femme dans la société, et notamment dans la sphère familiale. Ces compétences ne sont néanmoins pas sollicitées que dans les métiers du care, et sont aussi essentielles dès qu’il s’agit de relation client.e, de gestion d’une équipe, de management … bref, de travail impliquant un contact humain. Citons par exemple : l’écoute, l’orientation, la prévention et gestion de conflit, la pédagogie (y compris en dehors des métiers liés à l’éducation et la formation) etc.

Du soin du corps au soin de l’esprit

Les métiers liés au soin du corps – tels que esthéticien.ne, coiffeur.se, masseur.se – ne sont pas en reste. Le contenu de certaines formations liées et de présentations de ces professions mentionne également des qualités qui vont au-delà du soin corporel. Il peut s’agir notamment du “sens du contact, [de la] douceur, [de l’] empathie” ou encore de “discrétion et de savoir-vivre” envers le ou la client.e pour une esthéticienne. Lors qu’il s’agit du travail du sexe, on peut constater qu’il est attendu du / de la travailleur.se des qualités non seulement propres au plaisir et à la jouissance du / le client.e, mais aussi à sa sphère émotionnelle, affective, et enfin psycho-sociale. Il n’est en effet pas rare qu’un.e prostitué.e soit confronté.e aux problèmes personnels de ses client.es, notamment celle.ux qu’iels rencontre.nt fréquemment, qu’il s’agisse d’ennuis liés à leur travail, leur vie sociale ou même leur sphère familiale. 

Malgré leurs différences, les métiers de soin du corps et de la prostitution ont ainsi pour point commun d’intégrer une dimension sociale forte, qui peut même se traduire par une branche à part du métier, plus spécialisée dans la gestion de cette composante sociale. C’est le cas notamment du métier d’accompagnant.e ou assistant.e sexuel.le, tourné vers les personnes souhaitant se (re) connecter à leur sexualité, suite à un handicap physique, psychique, à leur vieillissement ou à des traumatismes résultant de violences sexuelles. D’après Thierry Schaffauser, travailleur du sexe syndiqué au STRASS (syndicat du travail sexuel), “cela s’organise comme s’organise le travail sexuel en général, sauf qu’il y a en effet une dimension « soins » qui attire des personnes extérieures à l’industrie du sexe.” De même, les socio-esthéticiennes se spécialisent aujourd’hui dans la pratique de soins esthétiques pour des personnes souffrantes, fragilisées ou en détresse sociale.

Une charge mentale et émotionnelle forte

T. Schauffausser, travailleur du sexe et militant, étend cette réflexion sur la prostitution à d’autres professions largement investies aujourd’hui par les femmes, pour lesquelles les “charges de travail (émotionnelles)” sont également très présentes, en citant l’exemple du métier d’hôtesse de l’air : “ces « qualités » considérées comme « naturellement » féminines relèvent en réalité d’un apprentissage social, mis au service du marché.”

Au delà de la charge mentale plus présente dans les métiers que nous avons évoqué, la gestion d’émotions négatives et d’agressivités peut donc aussi être source de mal être pour ces travailleuses. Un rapport d’information du Sénat paru en 2010 relevait déjà que “sont particulièrement vulnérables les salariés travaillant au guichet, au standard ou au secrétariat (28 % ont subi une agression verbale ou physique), ceux qui exercent des fonctions commerciales (27 %) ou médicales et d’enseignement (33 %)”, soient des secteurs et postes largement investis par les femmes. “En revanche, les salariés affectés à des fonctions de production (12 %), de maintenance (16 %) ou de direction (18 %) sont moins exposés.”

Organiser la vie au travail 

Enfin, on note que les femmes ont plus tendance au bureau à initier ou gérer les événements dédiés à un-e collègue, comme les pots d’arrivée, de départ ou encore les anniversaires. De même, elles ont plus tendance à prendre soin de l’environnement de travail du groupe en améliorant la décoration ou en initiant certaines pratiques tel que le recyclage. Ces activités, si elles ne semblent pas essentielles pour l’avenir d’une entreprise, sont parfois très chronophages et participent grandement au confort et au bien-être de tous les salarié-es. Elles restent pour autant rarement mises en valeur auprès du groupe qui en profite. 

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