Qu’est-ce que le travail ? Une perspective féministe sur le bénévolat, les volontariats et les contrats précaires.
La concept de travail : une définition politique
Le concept de travail est une définition politique. La délimitation et l’appropriation du travail sont les enjeux politiques majeurs des sociétés modernes. Le travail n’a pas seulement une fonction économique. Il faut aussi lui ajouter une fonction politique, celle de reproduire, contrôler et transformer les rapports sociaux.
Pour acquérir, perpétuer et renforcer leur domination politique, les hommes se sont appropriés et ont contrôlé le travail de la classe des femmes. Ils ont exclut de la définition du travail les tâches ménagères, le travail d’entretien physique des membres de la famille, de care, de santé, le maintien du réseau amical et familial, la sexualité et le travail de reproduction.
Le féminisme matérialiste et la redéfinition du travail
Dans les années 1970, le mouvement Wages for Housework lutte pour la réappropriation par les femmes du pouvoir politique en vue de se retourner contre l’exploitation du travail domestique. Il revendique l’instauration d’un salaire domestique. Dans un article de 1975, Silvia Federici écrivait déjà :
« Nous ne devrions pas sous-estimer le pouvoir du salaire pour démystifier la féminité et rendre visible notre travail — faire voir notre féminité définie comme travail — dans la mesure où cette absence de salaire a précisément été un facteur si puissant de la formation de ce rôle et de l’invisibilité de notre travail. » (Federici 1975, p. 19).
Le féminisme matérialiste remet en question la définition du travail imposée par les sociétés patriarcales. Il exige une prise compte du travail domestique et du sexe du travail salarié. Il désire intégrer le travail gratuit effectué par les femmes au concept générique de travail, en proposer une historicisation radicale. Il met en cause la séparation entre sphère privée, salariale et politique. Il problématise la division sexuelle du travail et les rapports sociaux de sexe. Il souhaite redéfinir le travail comme correspondant à « toutes les activités humaines de production du vivre en société. » (Hirata, Zarifan, 2000)
Le féminisme matérialiste vise à repolitiser la notion de travail et à mettre l’organisation et la division du travail social au service d’un processus de transformation démocratique de l’ensemble des rapports sociaux. Il sert à mettre en lumière la nécessité d’être représenté dans les institutions afin de participer démocratiquement aux décisions définissant ce que le travail doit signifier concrètement. Il permet de souligner la nécessité d’exiger une transformation conjointe de la production économique des services et de la production politique des rapports sociaux.
Le care : un travail salarié, domestique et militant
Le travail du care se situe entre le travail salarié, le travail domestique et le travail militant. De ce fait, ce travail socialement utile répondant aux attentes de réalisation de soi et de justice, est souvent exclu de la définition du travail imposée dans les sociétés patriarcales. Dans les secteurs associatif, éducatif et médico-social, ce travail majoritairement effectué par les femmes est souvent perçu comme un engagement personnel n’exigeant par conséquent aucune rémunération.
Dans une perspective féministe matérialiste, il semble nécessaire d’ouvrir la voie à la reconnaissance et la politisation de toutes ces formes de travail gratuit ou précaire – bénévolat, volontariat, travail en freelance, contrats précaires.
Références
Federici Silvia (1975). “Wages against Housework”. In Federici Silvia. Revolution at Point Zero: Housework, Reproduction, and Feminist Struggle. New York, PM Press [trad. fr. Damien Tissot (2016)].
Kergoat Danièle (2012a). Se battre, disent-elles… Paris, La Dispute « Le genre du monde ».
Nicourd Sandrine (ed) (2009). Le travail militant. Rennes, Presses universitaires de Rennes.
